Avida (Gustave Kervern, Benoît Délépine)

Avida (Gustave Kervern, Benoît Délépine)
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France – Avida – De et avec Gustave Kervern, Benoît Délépine – Avec aussi Claude Chabrol, Albert Dupontel, Velvet ... - Durée : 1 h 17 – Année : 2006


Critique du film (par Robin) :


Interloqué, abasourdi, dubitatif, ébloui ... Autant de mots pouvant qualifier mon état à la sortie de la projection du dernier bébé de Gustave Kervern et Benoît Délépine, Avida. Mais derrière tous ces sentiments, une interrogation pointe ; comment parler d'un tel film ? Comment critiquer une telle ½uvre sans en dénaturer l'esprit, en captant l'essence même de ce qui en fait la beauté ? Car le constat est simple et direct : Avida est un OVNI cinématographique, une bizarrerie visuelle opaque mais terriblement belle et touchante, une expérience étrange à la saveur douce-amère.

Dès la première séquence, le ton est donné. Un vieux picador monologue métaphoriquement sur la mort et le suicide sous le regard de deux hommes, dont l'un a la tête recouverte de scotch, avant de se lancer dans une corrida improbable avec un rhinocéros (clin d'½il à Ionesco ?). L'absurde est là, bien présent, et ne quittera pas cette ½uvre si particulière avant la fin du générique. S'ensuit un maelström de scénettes tantôt drôles, tantôt touchantes, parfois incompréhensibles,toujours décalées, ayant pour fil conducteur l'enlèvement du chien d'une milliardaire obèse par trois personnages marginaux : les deux hommes de la première séquence, dont on apprend plus tard qu'ils se shootent au tranquillisant pour éléphant, ainsi qu'un sourd muet, interprété avec brio par Gustave Kervern. Après la mort accidentelle de l'animal kidnappé, la milliardaire, Avida, promettra l'argent de la rançon à ces trois hommes s'ils l'aident à accomplir son souhait : mourir du haut d'une montagne.

Autour de ce périple se constituera une galerie de personnages plus atypiques et loufoques les uns que les autres : un zoophile porté sur le chevreuil (Claude Chabrol, impérial), un garde du corps brillant plus par sa persévérance que par son adresse (Albert Dupontel, hilarant), un artiste et un taxidermiste incompris, une famille d'"armoires parlantes" ... Autant de figures qui semblent confirmer le fait que le thème principal du film est sans aucun doute la marginalité. Une marginalité d'ailleurs mise en valeur sur le plan visuel par une mise en scène des plus osées, lorgnant vers un surréalisme très bunuelien ; un noir et blanc graveleux, des plans fixes et presque dénués de tous mouvements de caméra, ainsi qu'un format 4/3 symbolisant l'enfermement de ces personnages accompagnent ceux-ci tout au long du film, soulignant la radicalité qu'ont voulu donner les deux réalisateurs à leur ½uvre. Au travers de leur démarche particulière, ces derniers nous montrent hélas que marginalité rime souvent avec incompréhension. Le sourd-muet représente le symbole le plus frappant de cette thèse ; du fait de son handicap, qui le place du côté des "différents", il ne comprend pas et ne communique pas avec les gens "normaux" (le directeur du zoo, le pourvoyeur d'esclave, son "maître" dont il s'affranchit ...), mais parvient à s'exprimer avec des trisomiques, eux aussi marginaux, dans une séquence absolument touchante.

On peut également accorder une certaine importance au parallèle qu'établissent Gustave Kervern et Benoît Délépine entre ces personnages si singulier et les multiples animaux qu'il nous est donné de voir durant le film (toute la première partie se situe dans un zoo). Bien que l'on ne les comprenne pas, on aime ces animaux pour leur beauté. Et, en effectuant cette comparaison plutôt choquante entre l'homme et la bête, les réalisateurs nous poussent à réagir et tentent de nous montrer qu'il y'a du beau en celui qu'on ne comprend pas. Tout le film se veut l'apologie de cette beauté, jusque dans sa démarche absurde (que l'on trouve parfois incompréhensible, mais admirable), et dans un plan final sublime et des moments de grâce pure (certains plans sur le visage de Kervern sont réellement émouvants).

Avida est donc un très beau film, profondément humaniste, certes imparfait (quelques lourdeurs subsistent), mais suffisamment original pour mériter d'être vu, et doté d'une superbe réflexion sur la perception de l'autre.


Note : 4/6
Robin

# Posté le dimanche 24 septembre 2006 13:45

Modifié le lundi 25 septembre 2006 15:29

The Host (Bong Joon-ho)

The Host (Bong Joon-ho)
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Corée du Sud – Gwoemul – De Bong Joon-ho – Avec Song Kang-Ho, Bae Doona, Hae-il Park, Byeon Hie-bong ... - Durée : 1 h 59 – Année : 2006


Critique du film (par Robin) :


Véritable succès critique à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, étonnant record commercial en Corée (le plus grand score de tous les temps pour un film national, avec plus de 12 millions d'entrées !), et surtout dernier essai en date d'un réalisateur prometteur, Bong Joon-ho, qui nous avait fait miroité l'étendue de son talent avec Memories Of Murder (sans aucun doute l'un des polars les plus importants de ces dernières années), The Host est un film qui risque fort de faire des émules. Soutenu par une bande-annonce qui, de par son caractère décalé et inventif, laissait présager le meilleur et ne faisait qu'amplifier l'ardeur de l'attente, cette curiosité coréenne s'annonçait donc sous les meilleures auspices. Et autant tuer le suspense dans l'½uf : The Host se révèle bel et bien à la hauteur de ses promesses.

Mais avant tout, The Host, c'est quoi ? Un film de monstre ? Une comédie ? Un drame familial ? Eh bien, un peu de tout cela à la fois ... Adoptant pour point de départ l'histoire d'une famille coréenne moyenne partie à la recherche de la petite Hyun-seo, cadette du cercle familial, enlevée par un monstre amphibien et carnivore né à partir d'un déversement massif de produits chimiques dans une rivière, Bong Joon-ho s'adonne ici à un brillant mélange des genres. Passant avec une facilité déconcertante d'un ton comique à une ambiance plus dramatique (les deux émergences principales de la bête héritent ainsi d'un contraste creusé, la première constituant l'une des séquences les plus jouissives et absurdes de l'année, tandis que la seconde nous mettrait presque la larme à l'½il), du gros délire façon Kaiju ega (ces films de monstre japonais dont Godzilla est le fer de lance) à des scènes invitant à une réflexion plus poussée, le jeune réalisateur accouche ici d'une formidable tragicomédie, logique progression d'un style qu'il avait tout doucement commencé à s'approprier avec son premier long-métrage, Barking Dogs Never Bite. Il est ainsi fréquent de se surprendre à rire lors de scènes qui, sous la houlette de n'importe quel autre cinéaste, auraient eu une dimension tragique (la scène du recueillement est à ce propos étrangement hilarante). Bong Joon-ho confère de ce fait à son film une personnalité unique, soutenue par une mise en scène virtuose malgré un rythme assez inégal, et par des effets spéciaux réussis pour la plupart, qui marquent un pas en avant dans l'histoire cinématographique de la Corée (bien que réalisés par WETA, un studio américain).

L'interprétation des acteurs, elle, n'est pas en reste, portée par un Song Kang-ho (que l'on avait déjà pu voir dans Memories Of Murder, mais également dans les excellents Joint Security Area et Sympathy For Mr Vengeance de Park Chan-wook) comme à son habitude magistral ; son rôle de père immature, à la dégaine pathétique et au regard abruti, est non seulement le plus drôle du film, mais également le plus ambigu. Bong Joon-ho délaisse cependant un peu la profondeur de ces personnages, qui était l'un des points forts de son précédent métrage, dans le but de servir son propos. Ici, chaque membre de cette famille attachante représente une facette de la Corée actuelle ; une vieillesse un peu paumée, des chômeurs surdiplômés, une jeunesse prometteuse ... Et surtout, une famille sans couple : l'amour familial est bien là, tantôt maladroitement dissimulé, tantôt ouvertement déclaré, mais l'amour conjugal est absent, symbole du mal-être d'une Corée du Sud à être séparée de sa moitié depuis tant d'années. Le jeune cinéaste va même jusqu'à la suggestion d'une réunification, lorsqu'un jeune garçon est amené dans l'antre de la bête, où il sympathisera et fera équipe avec Hyun-seo pour échapper au monstre.

Loin de l'aspect grand public sous lequel semblait se vendre le film, The Host possède donc une portée politique importante, non seulement sur la Corée (dont Bong Joon-ho avait déjà critiqué les tares dans ses précédentes ½uvres), mais également sur les Etats-Unis et le rôle presque colonisateur qu'ils s'accaparent en Corée du Sud depuis le début de la Guerre Froide. Le réalisateur établit ici un portrait au vitriol de cet occupant, qui n'hésite pas à polluer rivières et médias, à prendre les rênes d'une société qui n'est pas la sienne ou encore à tester une arme biologique puissante encore jamais utilisée en plein Séoul. Les Américains ne seraient d'ailleurs t-ils pas représentés métaphoriquement sous la forme du monstre, pilier du film, de cette figure bestiale emportant adultes et enfants dans son antre, afin de dévorer les premiers et de conserver les seconds, de les observer et de les convertir ? Et là où Bong Joon-ho frappe vraiment fort, c'est dans la manipulation qu'il exerce chez le spectateur, démontrant le conditionnement spirituel auquel est soumis ce dernier ; en effet, en utilisant certains poncifs inhérents au cinéma d'action d'origine américaine, puis en les détournant, le cinéaste nous jette en pleine face les raccourcis que notre esprit fait entre une image et la déduction de la signification de cette image. Ainsi, un personnage que l'on a vu tomber de plusieurs mètres de haut et qui reste inerte apparaît comme un personnage que l'on croit mort, car ce cinéma d'action américain nous a déjà nombre de fois présenté la même scène accompagnée de cette finalité, alors que ce personnage est encore vivant dans le film de Bong Joon-ho. Ce procédé, le réalisateur l'utilisera jusque dans la toute fin de son histoire (qu'on se gardera bien de révéler), où un strident cri du c½ur parviendra à mettre fin à la menace.

The Host est donc un film à voir absolument, tant il risquerait de devenir important dans l'évolution cinématographique sud-coréenne, de par ses effets spéciaux extrêmement novateurs pour un tel pays et un aspect politique plutôt rare et important que l'on retrouve chez (trop) peu de réalisateurs coréens (Im Sang-soo, Kim Ki-duk, par certains aspects ...) ; enfin, chaque spectateur devrait y trouver son compte, tant cette ½uvre possède de degrés de lectures. Chaudement conseillé !


Note : 5/6
Robin

# Posté le dimanche 19 novembre 2006 10:28

Modifié le dimanche 19 novembre 2006 16:19

Voyage au Bout de l'Enfer (Michael Cimino)

Voyage au Bout de l'Enfer (Michael Cimino)
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Etats-Unis – The Deer Hunter – De Michael Cimino – Avec : Robert de Niro, Christopher Walken, Meryl Streep... - Durée : 3 h 03 – Année : 1978


Critique et analyse du film (par Antoine) :
(risque de spoilers)


Qui n'a jamais entendu parlé de ce film ? Ce film au titre qui fait froid dans le dos. Un film insupportable pour certains et époustouflant pour d'autres.
Ah oui ! Ce film de guerre, encore sur le Viet Nam ! Quel est l'intérêt ? C'est tout le temps la même chose : des fusillades, des explosions, de la violence et des gifles et de la torture et un héros qui s'en sort toujours comme d'habitude. Oui, oui je vois bien.
Vraiment ? Cependant voilà ce film n'est pas en partie un film de guerre : il dure 3 h et seulement 1 h est consacré à la guerre et un des personnages principal qui, à la fin, n'est pas au plus haut de sa forme. Le film en lui-même n'est pas un éloge aux courageux Marines bombardé de patriotisme. La guerre du Viet Nam a été l'objet de nombreux ouvrages cinématographiques. On peut citer Apocalypse Now de F. F. Coppola qui est sans doute le film le plus représentatif de cet événement tragique.
Le film de Michael Cimino est construit sur l'avant, le pendant et l'après Viet Nam ce qui lui vaut une part de nouveauté et d'originalité à cette époque.

Sidérurgie, alcool, chasse, mariage, Viet Nam, et la même chose mais avec un goût amer.
Prenez un groupe de joyeux copains et au nombre de six. Faites les boire. Décidez d'une partie de chasse. Mariez en un. Et envoyez trois des six en territoire hostile sur le front du Viet Nam. Et vous constaterez l'impact de la guerre, physique et psychologique, sur le groupe. Au départ la bande ont des liens très fort, les amis ont la joie de vivre, ils s'amusent. Et après le groupe se dissout puis se réunit à nouveau suite à un événement qui concerne tous les personnages.
Mike, joué par un Robert de Niro excellent, et Nick (on remarquera la performance de Christopher Walken) discutent sur leur séjour en Orient. Nick fait une confidence à son ami, il lui demande de ne pas l'abandonner et de le ramener s'il lui arrivait quoique soit. Mike approuve. Nick ne veut pas aller au combat, il aime l'endroit où il vit. Seulement Nick ne fera pas le retour. Il est choqué par la méthode de mise à mort, la fameuse roulette russe. Ce film nous offre des parties de roulette russe aux images crues et au suspense haletant provoquant une poussée d'adrénaline. En plus de l'enfer de la guerre, ces hommes connaissent aussi l'enfer de la torture. Le réalisateur dresse un portrait froid, cruel, sadique, mortel, et parfois même révoltant de l'enfer. Et face à cela le spectateur ne reste pas insensible.

De retour au pays, Mike est le seul qui revient et on sent qu'il n'est plus le même, de nombreux changements apparaissent. Il ne s'amuse plus autant qu'avant, prend des distances avec ses amis, il porte l'uniforme. Sa conscience a aussi été touchée, des tensions dans le groupe se font sentir, il s'abstient de tuer un daim.
Les autres amis, on ne sait pas grand chose de ce qu'ils sont advenus. On apprend que Steve, le marié, est vivant mais celui-ci a perdu ses jambes. Quant à Nick on se demande s'il est vivant ou non. Mike part à sa recherche et retourne au Viet Nam sur ses traces. Il le découvre alors dans un local où s'enchaînent des parties de roulette russe. Nick, qui auparavant a été marqué par cela, est devenu un fanatique de ce jeu de la mort. Il est devenu à moitié fou, ne reconnaît plus son ancien compagnon. Pour tenter de le ramener à la raison, Mike va devoir l'affronter. Et à ce moment là , on est vraiment au plus profond de l'enfer lorsque Mike et Nick, qui ont connu une forte amitié, deviennent l'un l'autre des adversaires. Quelques « clic » plus tard, Nick presse la gâchette dans un dernier instant de folie et meurt. Mike se jette sur son défunt ami, qui se vide de son sang, et éclate en sanglots ; il est bel et bien au plus profond de l'enfer.
Un mariage au début, un enterrement à la fin. On peut se demander si l'enfer ne commence pas au mariage lorsque les mariés boivent dans le même verre. Si une seule goutte tombe c'est un mauvais présage pour le couple. Seulement pour le couple ?
Durant le film beaucoup d'actions se déroulent avec deux personnages : scène du verre, scènes de roulette russe, confidences...Au point de vue technique on peut constater que Michael Cimino filme à travers des surfaces transparentes ou réflectives : vitres, miroir...comme Brian de Palma dans certains films.

Notons aussi un formidable tube qui est encore dansé de nos jours : « Can't take my eyes off you » et qui a traversé des générations.
Voyage au bout de l'enfer est le calme avant la tempête, on voit le bonheur puis le malheur mais on espère le bonheur par la suite.
Mis en scène d'une façon très subtile, interprété par des acteurs hors du commun, un scénario riche en rebondissements profondément émouvant et terriblement déroutant. Il faut absolument le voir, on peut le dire sans le cacher et l'affirmer haut et fort : Film culte !


Note 6/6
Antoine

# Posté le samedi 25 novembre 2006 17:10

Casino Royale (Martin Campbell)

Casino Royale (Martin Campbell)
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Royaume-Uni, Etats-Unis, Italie, République Tchèque - Casino Royale - De Martin Campbell - Avec Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen ... - Durée : 2 h 18 - Année : 2006


Critique du film (par Robin) :
(mini spoilers)


Bond, James Bond. Un nom qui fait rêver, une classe inégalée ; ce charismatique espion anglais fut pendant longtemps le véritable fantasme de plusieurs générations d'hommes. Campé en premier lieu par un Sean Connery excellent, le personnage avait au fil des années connu quelques cinq interprètes, dont une ou deux erreurs de casting (sacré George Lazenby !), qui avaient, chacun à leur manière, contribué à alimenter le mythe. Cependant, la saga semblait perdre progressivement de son souffle depuis le génial GoldenEye, pour finalement aboutir à un 20ème épisode qui repoussait les limites du grotesque et du ridicule : Meurs un Autre Jour ... Près de quatre ans jour pour jour après ce désastre artistique, Casino Royale arrive sur les écrans, adaptation du premier roman de Ian Flemming portée par un nouvel interprète, Daniel Craig, vif sujet de polémique chez les fans. Pour ce 21ème épisode des aventures de ce cher 007, on nous annonçait un retour aux sources, un nouveau point de départ pour la saga bourré d'innovations ; et le moins que l'on puisse dire, c'est que le film respecte son cahier des charges à 100%.

Casino Royale commence, là où aucun autre film de la série ne s'était aventuré, par la présentation d'un James Bond encore dénué de son matricule 00. Le prégénérique débute ainsi, brusquement, sans être introduit par le traditionnel gunbarrel (ce fameux plan où 007 assassine le spectateur), et non pas en nous dévoilant une fin de mission pétaradante, mais les deux premiers meurtres de Bond dans un noir et blanc lugubre et granuleux ; le tout premier, celui du contact d'un pourri du MI-6, montre la difficulté de tuer de l'espion, tandis que le second, celui de la taupe en question, révèle un Bond beaucoup plus froid et plus professionnel. Le reste du film verra l'agent secret confronté à sa première mission en tant que 007, qui l'opposera à un banquier privé de terroristes, Le Chiffre (Mads Mikkelsen), et qui représentera pour lui une sorte de parcours initiatique à contresens duquel il sortira grandi d'un point de vue professionnel, en dépit cependant de son humanité. Car ce qui fait bel et bien la force de ce nouvel opus, c'est la personnalité jusque-là inédite au cinéma de ce James Bond encore brut(e), un 007 présomptueux à l'ego surdimensionné, ce qui l'amènera à faire des erreurs importantes mettant en danger le bon déroulement de sa mission et à côtoyer la mort de près à deux reprises. Ce James Bond là a des failles et des faiblesses, et le fantasme du monolithe tombeur inatteignable laisse place à celui d'un espion certes un peu moins classieux, mais plus humain, plus vulnérable, plus sombre, plus proche de nous, au final. Un James Bond, de plus, transpercé par un amour tragique et si amer que ce sentiment sera presque complètement annihilé chez lui. Parfaitement interprété par Daniel Craig (décrié à tort), ce 007 est donc l'un des plus touchants et profonds qu'il nous ait été donné de voir, bien loin de l'aspect lisse que les derniers Brosnan avaient conféré au personnage.

Bien entendu, le creusement de personnalité de Bond n'est pas la seule innovation du film. On peut par exemple remarquer l'absence de gadgets (qui est assez rafraîchissante, après cette voiture invisible qui nous était passée en travers de la gorge), ainsi que des situations et des bad guys plus crédibles (le Chiffre montre lui aussi ses failles, et son objectif est plus réaliste que celui de n'importe quel autre méchant de la série). Cependant, franchise oblige, certains poncifs inhérents à la saga et indispensables au charme d'un James Bond sont encore et toujours présents. Ainsi, on peut retrouver deux James Bond Girls au casting ; Caterina Murino, dans un passage éclair (Bond ne prend même pas le temps d'honorer la belle), et la sublime et talentueuse Eva Green, dans le rôle nettement plus important de Vesper Lynd, la femme qui enflammera le c½ur de l'espion britannique. D'autre part, la majorité des James Bond se sont voulus des miroirs reflétant les craintes actuelles mondiales (longtemps représentées par la Guerre Froide) ; Casino Royale ne déroge pas à la règle, et s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs en adoptant pour trame de fond le terrorisme et la crainte de nouvelles crises financières. Quant au générique, lui, il est toujours aussi inventif et s'approprie un petit côté kitch savoureux. Enfin, bien que la séquence principale du film soit une partie de poker (formidable de suspense et de tension, au préalable), les traditionnelles scènes d'action sont toujours au rendez-vous, moins mirobolantes mais plus conventionnelles (exceptée la poursuite de début avec l'adepte de Parkour, réellement originale et réussie). Martin Campbell nous prouve donc une fois encore qu'il est capable de mettre en scène un James Bond comme il faut, créant de véritables moments de tension et s'autorisant même quelques passages à l'épaule (la toute première scène de meurtre, l'empoisonnement de 007 ...). Seuls quelques répliques assez guimauve entre les deux tourtereaux du film et une fin un peu décousue pourront faire office de points noirs, mais James Bond est enfin revenu, et il est plus en forme que jamais !

Casino Royale est donc un virage à 180° dans la franchise, un retour au point de départ qui fait un grand bien à la saga, après quelques épisodes qui accumulaient lourdeur sur lourdeur. Daniel Craig, n'en déplaise à ses détracteurs, est la révélation du film, et enterre allègrement la moitié des autres interprètes de l'agent secret le plus populaire du monde entier. Ce 21ème épisode est donc une véritable réussite, et s'impose comme l'un des meilleurs divertissements de l'année, et probablement l'un des meilleurs James Bond de la série. En bref, un véritable Bond en avant pour la franchise ! Arf arf arf ...


Note : 5/6
Robin

# Posté le dimanche 26 novembre 2006 07:09

Modifié le dimanche 26 novembre 2006 16:25